Société
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La question du métier

Que répondre aux gens qui me demandent mon métier

Je suis toujours un peu mystérieuse quant à mon métier. Ce n’est pas par cachoterie, encore moins par honte… Non, si je ne dis pas mon métier, c’est tout simplement parce que j’ai du mal à le désigner. Pourtant il n’y a pas plus courant que cette question.

Quel est ton métier ? Que fais-tu dans la vie ?

Je ne sais pas pourquoi, mais au moment de répondre, je fais toujours un blocage. Enfin si, je crois savoir pourquoi. La peur d’être jugée, de voir mon travail et au-delà, mon existence, résumée en un seul mot. La peur aussi d’être associée à des clichés… Oui, vous savez, ces clichés qu’ont les autres des métiers qu’ils connaissent mal et par extension, des gens qui les exercent.

Quand je suis obligée de répondre à la fameuse question de mon métier, après un immanquable temps de réflexion, la réponse que je fournis dépend :
– de celui qui pose la question
– du contexte dans lequel elle m’est posée
– de l’inspiration du moment…

Je travaille dans l'administration

Bienvenue dans l’administration…

Alors, comment désigner mon métier ?

Je suis fonctionnaire

Ça, c’est la réponse que je tends quand j’ai envie de me faire battre (ou de contracter un prêt bancaire). Car il est peu d’occupations qui charrient autant de clichés et d’aprioris négatifs que le fonctionnariat.

Être fonctionnaire, c’est être une planquée, derrière la sécurité de l’emploi (cette prison dorée…), derrière des avantages à gogo (environ 300 jours de vacances par an, sans compter les RTT) et n’avoir pas d’autre préoccupation que de trouver comment meubler sa journée.

Pourtant, cette réponse, qui concerne plus mon statut professionnel que mon métier en lui-même, est peu parlante. Elle ne renseigne pas vraiment sur mon travail, sur le contenu de mes journées (entre deux siestes sur un dossier et avant la fermeture des services à 16h, of course).

Je suis employée de mairie

Je suis fonctionnaire et fière de l'être

Vive la territoriale ! (ou pas…)

J’aime bien répondre simplement que je suis « employée de mairie ». Cela a un côté très low-profile, anonyme, qui me correspond complètement. C’est un peu ça, l’administration : les gens sont des numéros, de petites fourmis affairées.

Quand je clame que je suis employée de mairie, j’ai l’impression d’avoir 56 ans ; je sens presque roulotter sur mes chevilles mes bas couleur chair. Mais j’aime bien, je trouve ça pittoresque.

Le problème de cette réponse, c’est qu’à part vous dire que j’appartiens à la fonction publique territoriale, elle ne vous renseigne pas beaucoup plus sur ce que je fais.

Je suis chef de projet internet et intranet

Ça, c’est mon titre officiel, celui qui est inscrit sur ma fiche de poste.
Mais ça ne parle pas à grand monde et que je finis souvent par expliquer que « en gros, je gère des sites internet », ce qui, à défaut de couvrir l’ensemble de mes missions, me permet d’être compréhensible pour mon interlocuteur.

En général, dès que je prononce le mot « internet », les gens me voient d’un coup comme une geek à lunettes boutonneuse et au teint pâle. C’est on ne peut plus éloigné de la réalité (= en vrai, j’ai pas de lunettes).

Je suis community manager

Comme je l’expliquais ici, le métier de webmaster a évolué, la manière de le désigner aussi. Mais pour beaucoup, « je suis community manager » équivaut à dire « kikoo, j’ai 19 ans et je passe ma vie sur Twitter à poster des photos de lolcats ! #tropbien ! »

Mon job ressemblerait donc en gros à ça :


Jenny Troll, 32 ans, Community Manager – Filles… par fillesdaujourdhui

Je suis chef de projet numérique

Pour 99% des gens, cela équivaut à dire « je suis informaticienne ».

C’est d’ailleurs dingue de voir qu’en 2016 la plupart des personnes résument encore le terme « numérique » à de l’informatique. Alors après, quand je leur dit que je n’ai jamais codé de ma vie et que que non, je peux pas réparer leur PC, ils sont un peu déçus.

Je travaille dans la communication

Ha ha ha. Non, c’est pas comme ça qu’on dit. On dit : « je bosse dans la Com' » en arrondissant bien les yeux et la bouche pour prononcer « Com' » (tellement on se la pète quand on « bosse dans la Com' »).

En voilà un job de branleur. Les gens de la Com’ sont presque au niveau des fonctionnaires, sauf qu’ils gagnent des dizaines de milliers d’euros pour quelques heures de travail par mois (et ont un iPhone de fonction).

« Je travaille dans la Com' », c’est la réponse que je donne pour mieux m’intégrer quand je suis avec d’autres blogueuses (car oui, le saviez-vous ? 99,999999999% des blogueuses travaillent ou font des études de Com’ !)

 

Voilà mes réponses de ces 10 dernières années. Chacune contenait une part de vérité. Mais aucune ne me satisfaisait pleinement. Et puis j’ai changé de job il y a quelques semaines. Et maintenant…

Je suis journaliste

Voilà, c’est tout.

En écrivant ces mots, je ne peux m’empêcher de sourire. Je suis journaliste. Quand je donne le nom de mon nouveau métier, cela me paraît si naturel. J’ai l’impression qu’une pièce, jusque là manquante, est venue s’emboîter dans le puzzle de ma vie.

Je suis journaliste. Pas d’hésitation, pas de reformulation.

Bien sûr qu’il y a des clichés associés à cette profession, mais je m’en moque. Mon travail est désormais d’aller voir les gens, de m’intéresser à eux, de les écouter. Je noircis du papier pendant qu’ils se confient, m’expliquent leur quotidien, leurs difficultés et leurs petites fiertés. Je rencontre des gens passionnants et fais des découvertes extraordinaires, que je porte aux yeux du public grâce à mes mots. Oui, c’est ça mon nouveau métier.

Et vous savez quoi ? …je l’adore ! 🙂

Et vous, quels sont les clichés sur votre profession ?

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