Leçons de vocabulaire
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Leçon de vocabulaire : les métiers

vocabulaire jeune

A l’heure où les plus jeunes ont repris le chemin de l’école, je vous propose notre traditionnel RDV de rentrée : la leçon de vocabulaire pour apprendre à parler comme les jeunes.

En effet, ce n’est pas par ce que l’on a passé la barre des 30 ans (ou presque) que l’on ne doit plus rien apprendre ! Bien au contraire, c’est même un mal nécessaire pour ne pas se faire marcher sur les pieds par les plus jeunes.

Aujourd’hui, plutôt que de vous apprendre des mots de vocabulaire de jeunes, comme je l’ai fait jusqu’à présent, je vais vous proposer une leçon un peu spéciale qui concerne les métiers. En effet, l’évolution du vocabulaire dans ce domaine s’est faite de manière discrète, mais le bouleversement est bel est bien là par rapport à ce que l’on a connu, disons, quand on était petits. Il est donc grand temps de mettre à jour notre vocabulaire, histoire de ne pas finir has-been.

S’il est vrai que certains métiers ont effectivement évolué, pour la plupart, l’évolution n’est que langagière. On invente des titres ronflants pour donner de l’importance ou un air moderne à des métiers oubliés ou mal-aimés…

leçon de vocabulaire pour parler jeune

Il est temps de reprendre le chemin de l’école !

Métiers d’hier et d’aujourd’hui

Avant, on disait Artisan
Aujourd’hui, on dit Créateur

mettre à jour son vocabulaire

L’artisan, peaufinant sa création

Quand on entend artisan, on a l’impression de revenir au Moyen Age. Dans son atelier sombre, l’artisan fabrique des objets rustiques. Mais attention, pas assez rustiques pour que vous puissiez les faire passer pour vintage. Non, c’est juste assez rustique pour orner le grenier de vos (grands)parents.
Par contre, le créateur, lui, il est à la mode. Il conçoit des merveilles que les fashionistas du monde entier s’arrachent sur ses boutiques A little market et Etsy. Adulé par les masses, il tutoie les plus grands et, cerise sur le gâteau, accède de son vivant au statut de divinité en empruntant à Dieu son surnom de Créateur.

 

Avant, on disait Paysan
Aujourd’hui, on dit Producteur

Paysan, en voilà un terme d’un autre temps ! Pendant longtemps, avoir une ferme, élever des animaux, faire pousser des céréales, c’était trop la honte. Désormais, être producteur, c’est in ! D’ailleurs, on les aime tellement qu’on leur consacre des émissions de télé pour assurer leur reproduction. Mieux encore, on célèbre leur sens du style dans tous les pays ! En effet, la chemise à carreaux, la grosse moustache, voire même les bottes en caoutchouc, autrefois stéréotypes des habitants de nos campagnes, sont devenus des atouts tellement prisés qu’ils ont donné naissance au style hipster.
Ultime signe de la reconnaissance véhiculée par cette appellation : on les célèbre pour leur savoir-faire, un peu de la même manière que les créateurs, en les désignant comme des producteurs.

 

Avant, on disait Femme de ménage
Aujourd’hui, on dit Technicien de surface

Mickey dans fantasia avec un balai

Le technicien de surface en action

L’expression femme de ménage était-elle trop dégradante ? Pourquoi donc ? Parce qu’on y parlait de ménage ? Ou bien posait-elle problème aux garants d’une égalité des sexes bien pensante mais essentiellement axée sur la mise à jour d’un vocabulaire daté ? (NB : si c’est le cas vous avez du boulot les mecs – ou plutôt les meufs – — ou plutôt les mecs et les meufs — — ou plutôt les meufs et les mecs — euh… je disais quoi ? Ah oui, je disais, vous avez du boulot avec les Maires, sages-femmes, jeunes filles au pair et autres expressions genrées !). Toujours est-il que désormais, faire le ménage n’est plus l’apanage des femmes (ouf !) mais surtout, c’est devenu technique. Le problème c’est que quand j’entends « technicien de surface« , j’ai une image qui me vient à l’esprit : celle de ces golfeurs qui sont à genoux sur le green en train d’épiler avec leurs doigts le moindre brin d’herbe qui pourrait gêner le passage de leur balle… et du coup j’imagine le fameux technicien de surface faire la même chose à quatre pattes sur le sol – pardon, la surface – pour enlever les grains de poussière…

 

Avant, on disait vendeuse
Aujourd’hui, on dit conseillère clientèle

Comme je vous le disais ici, certains vendeuses on tendance à oublier l’aspect « conseil » de leur (nouveau ?) métier. Ou au contraire elles se mettent en quatre pour vous trouver une tenue à votre goût alors qu’on était juste entré dans la boutique pour échapper à la pluie… Mais de toutes façons, nous ne sommes pas dupes : nous savons bien que le rebranding de cette activité commerciale n’empêche pas que le but reste… de vendre.

 

Avant, on disait Caissière
Aujourd’hui, on dit Hôtesse de caisse ou Hôtesse de vente

Je sais pas vous, mais moi, à chaque fois que j’arrive à la caisse et que je tombe sur une personne qui porte ce badge, je me mets à avoir le fol espoir qu’elle se tourne vers moi avec un joli sourire et un plateau de petits fours et qu’elle me demande si je vais bien, si je veux boire un thé et m’installer au petit salon pour qu’on papote. Qu’elle se comporte en hôtesse, quoi.
Au lieu de cela, j’ai droit à un « suivant ! » glacial. Mais je ne désespère pas.

 

Avant, on disait Démarcheur ou Employé de call-center
Aujourd’hui, on dit Chargé d’études, télé marketeur ou télé conseiller

Avant, ils étaient redoutés, détestés. Ils étaient la raison pour laquelle vous avez banni tous les numéros masqués de votre portable (eux et votre ex un peu collant). Si vous ne décrochez plus entre 18h et 20h, c’est aussi à cause d’eux. Eux, ce sont les démarcheurs téléphoniques qui n’avaient apparemment rien de mieux à faire le samedi matin à 9h que vous tirer du lit pour vous vendre des assurances.
Heureusement, ce temps-là est révolu, le démarchage téléphonique est désormais très strictement encadré par la loi et les démarcheurs employés par les call-centers ont disparu. A la place, c’est désormais un chargé d’études / télé conseiller qui vous réveille le samedi matin à 9h pour vous expliquer* que vous êtes éligible à une nouvelle assurance auprès de sa compagnie. C’est vachement sympa de vous appeler pour vous le dire. D’autant que vous n’aviez rien demandé du tout.
* expliquer = vous le sentez, l’aspect « conseil » de la démarche ? Non…? Moi non plus.

 

Avant, on disait Webmaster
Aujourd’hui, on dit Community manager

Webmaster, un métier trop technique peut-être ? En tous cas un métier qui manque de glamour. Aujourd’hui, exit le geek binoclard et bienvenue au jeune branché qui gagne sa vie en surfant toute la journée sur les réseaux sociaux. D’un coup, le métier de community manager remet l’informatique (mot devenu tabou !) sur le devant de la scène. Le CM (oui, il a droit à sa propre abréviation !) n’est plus caché dans un placard entre deux serveurs Apache, il est de tous les évènements, de toutes les fêtes. Il est ultra-connecté, on lui envie sa communauté. Son métier n’est plus tant de faire tourner le site internet que d’influencer les masses en quelques clics. C’est un peu le Jésus 2.0. Oups, pardon, le Jésus 3.0.

On ne dit plus webmaster, on dit community manager

Avant, on disait Graphiste
Aujourd’hui, on dit Infographiste, Créatif, voire Directeur artistique

On multiplie les appellations, on les modernise, on les glamourise… tout ça pour faire oublier que cette personne passe en fait sa journée seule devant un ordinateur. On va lui coller une image de créatif, rêveur et innovant, pour masque le fait qu’avec la disparition du webmaster, c’est désormais lui le geek qui rève en CMYK

 

Avant, on disait Chômeur
Aujourd’hui, on dit Sans emploi

Scoop : au XXIème siècle, l’État français a enfin réussi à éradiquer le chômage ! Enfin, pas vraiment le chômage, car on en entend toujours parler autant, mais plutôt les chômeurs. En effet, on n’est plus chômeur aujourd’hui, on est sans emploi. Une périphrase aux allures inoffensives mais qui permet en fait de déprofessionnaliser le fait de ne pas avoir d’emploi. En effet, auparavant, être chômeur sonnait presque comme un métier (on disait « je suis chômeur » comme on aurait dit « je suis boulanger-pâtissier »). Cela nous donnait un statut, une place dans la société. Désormais ce statut est désigné par la négative. Il s’agit d’un manque, un manque d’emploi. Il y a ceux qui en ont, et ceux qui n’en ont pas. Ceux qui font partie de la société et ceux qui en sont exclus. Et si pour pour finir de les stigmatiser on les affublait d’un badge Pôle Emploi (ou d’une étoile jaune ?).
De la même manière, les pauvres n’existent plus : ce sont désormais les sans dents. Drôle de manière d’enrayer la pauvreté.

 

Mot bonus

Avant, on disait Association
Aujourd’hui, on dit Collectif

Association, c’est tellement administratif comme terme ! On lui préfèrera le plus fluide, plus souple nom de collectif, qui reflètera mieux l’esprit néo-baba-cool de ses adhérents. C’est aussi une forme d’engagement sans engagement, sans structure rigide, qui correspond bien à une époque où l’on s’unit et se désunit en un clic, où l’on swipe jusqu’à ce que ça matche et où l’on rompt ensuite par SMS…

 

NB : Pour ceux qui me trouveraient un peu dure dans mes propos, sachez que j’ai mentionné mon propre métier dans cette liste. Je vous laisse deviner duquel il s’agit… 😉

Et vous, exercez-vous un de ces métiers qui ont « évolué » ?

20 Commentaires

    • Ah oui, j’ai oublié les fameuses « assistantes » (administratives ou autres d’ailleurs). C’est bien, toi aussi tu as pris du galon ! 😉

  1. Merci pour la Kévin parce que je n’étais pas du tout à jour. Par contre je n’ai aucune idée de ton métier; )

    • Oui, ou alors « spécialiste en arrangement floral » (« spécialiste » ou « expert » ça fait toujours bien) !

  2. je n’avais jamais entendu l’emploi de l’expression « chargé d’étude » pour « prospecteur », je suis surprise et en même temps… pas tant que ça, car j’ai bien été témoin du reste.

  3. stellaa1180 says

    Je dirai que tu est graphiste ou conseillère clientèle, ou CM. lol J’ai froid ou chaud?

  4. mouch says

    Moi j’aurais dit CM. Je suis prof des écoles mais en vrai je préfère institutrice parce que « des écoles » ça me rattache à des murs. « instit' » ça percute « profdesécol' » on en a plein la bouche quand on le dit. Ma sœur vend des peluches (des renards) sur a little market si ça t’intéresse je te donnerai le lien. hiiii je déteste l’expression « sans dents » ça me rappelle la maman de Causette dans le film (atroce). Je trouve qu’avec les migrants (là aussi nouveau terme qui laisserait penser qu’ils sont de passage) on commence à changer de point de vue. On voit les hommes derrière les nombres. On fera sûrement pareil avec les « sans emploi ». Peut-être qu’on dépassera le raisonnement par le nombre et qu’on arrivera à bâtir une société.

    • Allez, je tombe le masque : tu as gagné, je suis CM. Ou webmaster, ou webmestre (ha ha ha ha, mais qui parle encore comme ça ? Mais si, il y en a) ou chef de projet internet… un peu tout ça.
      Je te comprends pour « professeur des écoles » : moi aussi j’ai du mal avec ce terme, alors que « instit' », c’est tellement plus clair !

  5. Si je ne m’abuse Claire, tu es graphiste. Mais je m’abuse peut-être!
    Effectivement il y a pas mal de « vieux » métiers, alors un petite mise à jour ça peut pas faire de mal. En revanche je préfère largement artisan à créateur. Pour moi, l’artisanat c’est un des seuls métiers d’antan qui ne vieillit pas, même s’il tend (malheureusement) à disparaître. S’il y a bien un type de métiers à défendre c’est lui.
    Je crois que les derniers à utiliser le mot « paysan » ce sont les bobos bourgeois du 16 ème, en parlant des gens qui habitent à la campagne (& quand je dis campagne c’est hors Paris. Et je dis bien Paris, pas banlieue parisienne. Pour te dire à quel point le truc va loin). Qu’est-ce qu’on s’éclate à Paname!

    • Si je ne m’abuse, mais je m’abuse peut-être, il n’y a pourtant pas tant de paysans que ça du côté de Sarcelles, Meudon ou encore Créteil ^^
      Et sinon non, tu n’as pas trouvé, je ne suis pas graphiste… mais ceci dit le fait que tu puisses le croire me flatte énormément !

  6. Tu n’as pas compris ce que je voulais dire, ou c’est peut-être moi qui m’exprime mal ? Pour y avoir travaillé dans le 16 ème, je sais à peu près de quoi je parle. 🙂 Les femmes particulièrement, ont tendance à être légèrement condescendantes.

    Ah, j’utilise mon joker alors!

  7. Je corrige, on ne dit plus « sans emploi » mais « chercheur d’emploi »
    Bref… un peu comme les chercheurs d’or à l’époque du Far West quoi… 🙂

    • Oui effectivement, j’entends aussi souvent « chercheur d’emploi »… et je me dis la même chose que toi (ou alors « qui sait, s’ils ne trouvent pas d’emploi, il finiront peut-être malgré tout par trouver du pétrole !?)

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