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La colocation : entre mythe et réalité

Le fun de la colocation

La colocation, c’est dans l’air du temps. Crise du logement, développement de l’économie collaborative, tendance grégaire des jeunes citadins… tout concorde pour nous pousser à vivre en groupe, que ce soit pendant nos études ou après.

La colocation serait-elle devenue en quelques années un passage obligé pour les jeunes adultes ?

La colocation version sitcom

Si l’on en croit les séries américaines, la colocation, c’est apprendre à vivre en communauté, à partager… La colocation permet de préparer à la vie d’adulte, et peut-être même, à la vie à deux ? On y apprend à se connaître soit-même et à s’ouvrir aux autres. À mesure que le temps passe, les liens entre les colocataires se soudent et ainsi se forgent les premières amitiés adultes, les plus solides, celles qui dureront toute la vie.

C’est beau. Arrêtons-nous un instant pour écraser une petite larme.

Colocation dans New girl

La colocation, est-ce toujours aussi fun ?

La colocation version réalité

Je vous ai déjà raconté ici mon séjour en Erasmus dans les contrées sauvages du Nottinghamshire. Ce long séjour à l’étranger m’a permis de faire pour la première fois l’expérience de la colocation.

À mon arrivée en Angleterre, après avoir passé quelques jours à galérer, j’ai enfin trouvé un logement… en colocation, donc.

La colocation fait partie intrinsèque de « l’esprit Erasmus ». En effet, on ne part pas seulement pour apprendre une langue et découvrir une culture, on y part aussi pour faire des rencontres, nouer des relations, nourrir des échanges.

Calimero fait de la colocation

Chic, à moi la coloc’ !

C’est ainsi que j’ai débarqué, un sourire au bec et mon petit baluchon de 15kg sur l’épaule, en me demandant comment allaient être mes nouveaux Friends

Le lieu

Le mythe : qui dit colocation dit loft, évidemment. Un loft style new-yorkais de préférence, avec de très hauts murs en briques apparentes qui lui donnent un cachet fou. Un loft où il fait bon vivre, très lumineux grâce à ses nombreux velux qui le baignent constamment d’une douce clarté. Le matin, on ouvre les stores et on prend son café face aux premières lueurs de la ville… Et le soir, on ne va pas se coucher avant d’avoir vu la lune du gros tout nu d’en face…

En marge des parties communes, les chambres de chaque colocataire sont elles aussi très spacieuses et leur permettent d’avoir leur intimité et de pouvoir loger des invités au besoin.

Enfin, un détail cocasse : les appartements en colocation semblent toujours avoir une particularité qui fait leur charme. Que ce soient des urinoirs dans la salle de bain comme dans New Girl, un placard secret comme dans Friends ou encore un salon sur plusieurs plans comme dans How I Met Your Mother.

La réalité : dans l’appartement, il y avait trois chambres : une grande, une moyenne, une petite. Étant la dernière arrivée, j’ai dû prendre mes quartiers dans une cellule chambre de 7m² équipée d’une petite armoire, d’un petit bureau, d’un lavabo riquiqui et d’un petit lit en métal qui couine. Un coup de peinture rose et je me serais cru dans le monde merveilleux des Polly Pocket.

Au dessus du bureau, une meurtrière fenêtre me permettait d’avoir une vue charmante sur le mur de l’immeuble adjacent. Bah, de toutes façons, avec le fog britannique, j’ai pas dû louper grand chose.

La particularité charmante et cocasse de cet appartement est qu’il n’avait pas de salon, juste un tout petit couloir desservant les chambres. Isn’t it lovely?

Le premier contact

Le mythe : la première nuit en colocation, on ne dort généralement pas beaucoup. La tradition veut que les personnes qui habitent déjà l’appartement prennent le ou les petit(s) nouveau(x) sous leurs ailes pour une nuit de folie (apéro de malade, tournée des bars, karaoké…)

C’est un rite de passage nécessaire car il permet de rapprocher les différents colocataires en leur permettant de se découvrir et de se créer des souvenirs communs.

La réalité : avec moi, le premier contact devait forcément bien se passer : déjà à la base, je suis une gentille fille (bon chien, Rintintin !). Mais surtout, surtout, je disposais à ce moment-là d’une botte magique : pour n’importe quel britton, j’évoque l’exotisme et le mystérieux, en un mot : l’étranger.

Oui, parce qu’une fois dans un autre pays, n’importe quelle personne banale en sa contrée devient d’un coup hyper intéressante pour les autochtones. Et ce petit accent frenchie… Mmmmm… Irresistible, am I right?

La colocation c'est dur à vivre

C’est trop injuste !

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Lucy et de Belinda. Mais pas le soir de mon arrivée, en fait. Non parce que ce soir-là, elles n’ont pas daigné sortir de leurs chambres pour faire la connaissance de leur nouvelle colocataire.

Au moins, le soir de mon arrivée, je me suis couchée tôt. Très tôt, en fait. J’avais pas grand chose d’autre à faire, pour tout vous dire. La dernière avant moi à avoir reçu un accueil aussi froid de la part des britanniques, c’était Jeanne D’arc. Et encore, elle, au final, elle a eu un bûcher pour se tenir chaud, alors que moi, drapée dans ma solitude et ma couette à 10£, je suis restée toute penaude.

La convivialité

Le mythe : l’appart en colocation, c’est ce lieu convivial et chaleureux où l’on aime se réunir. Il est le théâtre de nombreuses fêtes. Pour cela, pas besoin d’attendre la tombée de la nuit : il suffit de fermer les stores occultants pour se retrouver dans une ambiance intimiste. On se rassemble ensuite en cuisine, où l’on expérimente dans un joyeux bazar. La préparation des repas est un moment de convivialité au même titre que sa dégustation.
C’est dans cet appartement que les gens viennent pour se retrouver, qu’ils habitent là ou non. On y célèbre tout simplement le plaisir d’être ensemble.

La réalité : j’ai proposé à mes colocataires d’installer une télévision dans le couloir qui aurait pu faire office de « salon ». Il se trouve qu’elles en avaient chacune une dans leurs chambres (équipées contrairement à la mienne de prises télé).

La vie sans télé

Mais que regardent-ils tous ?

Je me suis donc rabattue sur une étude approfondie de la presse magazine britannique, souvent dégustée devant mon plat individuel, assaisonné avec mon sel individuel. Oui, parce que mes colocataires m’ont rapidement signifié que les condiments, comme le reste des courses d’ailleurs, ne faisaient pas non plus l’objet d’une mise en commun.

Le partage des tâches

Le mythe : chacun met la main à la pâte, que ce soit en cuisine ou pour le ménage. Le partage des tâches doit être équitable et chacun doit se discipliner afin que l’appartement partagé soit toujours propre et rangé (et qu’il ne reste aucun résidu suspicieux au fond de la douche).

La réalité : nous étions 3 filles, avec 3 personnalités très différentes. Pour résumer : Belinda est une control freak à la Monica Geller, Lucy une Joey Tribiani qui se fait des gratins tous les soirs et les mange à même le plat (quelle laissera « à tremper » dans l’évier pendant les 4 jours qui suivent) et moi, je suis la fille parfaite normale de la bande, celle qui aime que ce soit propre mais qui n’aime pas forcément passer des heures à nettoyer (bon, ok, une Rachel Green, quoi).
D’emblée, Belinda m’a mise au fait : c’est elle qui fait le ménage pour tout l’appart (sauf les chambres), « parce qu’elle préfère le faire elle-même ». Moi je dis, les gens de bonne volonté comme ça sont rares, donc autant les encourager. Il suffisait juste de remettre 10£ tous les 15j dans le pot commun et tout était toujours nickel.

Je me suis toujours demandée si la poudre blanche qu’elle achetait avec l’argent servait à autre chose qu’à nettoyer.

L’amitié

Le mythe : la proximité, voire promiscuité… favorisent les rapprochements. Les amitiés se créent, profondes, ancrées. Votre coloc devient rapidement votre meilleur ami(e).
À la fin, dans le groupe, tout le monde couche avec tout le monde.

FRIENDS

Qui couche avec qui ce soir ?

La réalité : je suis un animal social, j’ai besoin d’avoir des amis. J’ai donc décidé de ne pas me laisser faire. J’ai analysé le troupeau, repéré la cible la plus faible et planté mes crocs dedans pour la ferrer.

C’est tombé sur Belinda, qui, contrairement à Lucy, avait la faiblesse de prendre ses repas sur la table de la cuisine et non enfermée dans sa chambre.

Je l’ai donc stalkée jusqu’à réussir à avoir des moments de contact humain d’échange avec elle. J’ai calculé, comploté. J’ai avancé l’heure de mon goûter à 16h30, afin de pouvoir me trouver dans la cuisine en même temps qu’elle alors qu’elle y mangeait… son dîner. Mc Vitie’s versus porc à l’ananas, il fallait vraiment en vouloir. Mais ça a fini par payer. Telle Jodie Foster, j’ai noué le Contact. Big time.

La solidarité

Le mythe : les problèmes des uns sont les problèmes des autres. Quand on vit en colocation, on a toujours une épaule sur laquelle pleurer, des bras pour nous entourer, des amis pour nous venger (ou pour faire la gueule avec nous).

La réalité : 3 mois après mon arrivée, j’ai fêté mon anniversaire. Un anniversaire loin de tout, de mon chéri, de mes amis, de ma famille… de mon pays. Plutôt que de déprimer, j’ai décidé de m’acheter un beau cheesecake tout miroitant de coulis de cerise et j’ai proposé à Belinda de me rejoindre au goûter (dîner, donc) pour le partager.

Alors que je coupais le gâteau, elle m’a fait une surprise à laquelle je ne m’attendais pas du tout en me sortant un petit cadeau tout bien emballé : le Tome 2 de la saga Harry Potter dont je lui avais confié avoir entamé la lecture quelques jours plus tôt. Ça m’a fait chaud au cœur. 🙂

Quelques semaines avant mon départ, alors que je restais seule dans l’appart pour les vacances pendant que Lucy et elle retournaient dans leurs familles respectives, Belinda m’a fait un nouveau cadeau : elle m’a laissé la clef de sa chambre pour que je puisse aller y regarder la télévision pendant son absence. Ô joie ! J’ai donc pénétré dans son sanctuaire… J’ai commencé par m’attarder un moment devant sa rangée de CDs bien alignés, classés par ordre alphabétique. Puis j’ai saisi les piles posées soigneusement à côté de la télécommande de la télé et les ai réinsérées à leur emplacement pour enfin, enfin, redécouvrir les joies du petit écran en me délectant d’un épisode d’Urgences en V.O., entrecoupé de 4 pages de publicités. Time of my life.

Ce que je retire de mon expérience de la colocation

Cette expérience n’a pas été sans intérêt, au contraire. Même si elle n’a pas eu les vertus que l’on attendrait habituellement de la vie en communauté, elle m’a beaucoup appris. J’y ai développé mon autonomie, mon sens des responsabilités. J’ai appris à ne pouvoir compter que sur moi. J’ai découvert que j’étais capable de me débrouiller seule dans l’adversité.
Ce fut un peu mon Koh Lanta à moi.
Mais avec un frigo.
Divisé en trois.

Et vous, avez-vous déjà tenté la colocation ?

21 Commentaires

  1. J’aime ta maniere de comparer la fiction, le mythe a la réalité! C’est tres bien fait! Personnellement, je n’est jamais fait de colocation… Pas sur que je le supporterais… J’ai tellement trop d’habitudes…

  2. Moi j’ai testé la coloc par deux fois, coté dépaysement c’était un breton et un angevin, ça compte? Finalement une coloc est vraiment lié au gens qui la compose, ma première coloc ont a fait pas mal de chose ensemble et elle fesais tout le temps le ménage. Le second a passé 4 mois dans sa chambre ( a manger, discuter et s’engueuler) sur skype avec sa copine et bien-sur ne lavais pas sa vaisselle. Maintenant je fais encore de la coloc mais avec ma moitié et j’ai une chambre en plus. En tout cas tu raconte vraiment bien les histoire…

    • Oui, bien sûr que ça compte même avec un breton et un angevin ^^ Les valeurs partagées (ou non partagées !) sont les mêmes ! 🙂

  3. Jamais essayé, je crois que j’avais conscience des différences entre la fiction et la réalité. Cependant suis d’accord avec Mlle Parfum, ça doit beaucoup dépendre de sur qui tu tombes. Je suis sûre qu’avec de bons potes et un grand espace y’a moyen de passer un moment sympa.

    • Oui, sûrement… Mais je pense que dans la plupart des cas on ne choisit pas sur qui on va tomber et c’est là que c’est quitte ou double.

  4. theblues says

    pour moi non plus la colocation n’a pas été une version friends ou how i met. ca peut même briser une amitié vieille de plusieurs années. mais ça reste une expérience intéressante.

      • theblues says

        oui Claire je parle bien de ma 1e année à Clermont. J’ai réitéré quand j’étais à Lyon. Un appart de 3 chambres, une cuisine communeMes 2 1e collocs ont déménagé au bout d’un an, ce qui ne m’a pas dérangé puisque je ne les ai vu qu’une ou deux fois dans l’année. Avec les deux suivantes on a passé de bonnes soirées ensemble mais on n’a pas gardé de lien pour autant.

        • Bon, heureusement que la 2ème fois s’est mieux passée que la 1ère !
          Et sinon moi non plus je n’ai pas gardé de contacts avec mes anciennes colocs… mais ça, on s’en doutait un peu, non ? 😉

  5. C’est l’article le plus chouette de la journée =D
    Tu m’as fait mourir de rire, j’adore tellement te lire !
    Je n’ai jamais été en coloc’, mais quand je vois ton récit oulalala !

    • Merci Elodie ! Effectivement, je crois que je ne vais pas créer l’émulation autour de la colocation avec mon article 😀

  6. J’ai été en coloc’ trois ans avec une de mes meilleures potes. C’était cool mais je ne renouvellerai pas l’expérience (sauf si je deviens trop pauvre et que j’ai pas le choix, la mort dans l’âme). Enfin, rien à voir avec ton expérience à toi, ahah.
    Elle avait les yeux bleus Belinda ?

    • Ha ha ha ha ha !!! J’espérais secrètement que quelqu’un placerait une allusion à cette chanson dans les commentaires ! Je suis trop contente d’avoir trouvé quelqu’un qui a la même référence pourrie qui lui vient en tête à entendre ce prénom 🙂
      Et en même temps, maintenant je te déteste de m’avoir mis ça dans la tête pour la journée :p

  7. Je suis tombée sur ton blog tout à fait par hasard, en traînant sur la Toile tout à fait par hasard aussi (bon, ok, j’avoue, je fais le tour des blogs à l’affût de conseils avisés ou presque), et j’en suis arrivée à cet article qui m’a fait beaucoup rire.
    Je suis justement en plein conflit intérieur, pour savoir si oui ou non je me lance dans l’expérience de la coloc’. Ton article m’a conforté dans mon choix, alors c’est décidé: je vais tenter.

    • Cela m’amuse beaucoup de me dire que mon expérience ratée de colocation puisse donner envie à d’autres de se lancer 😀
      Mais ceci dit, au moins maintenant tu connais les écueils à éviter ! Choisis bien tes colocataires et je suis sûre que ça va être super sympa (t’as vu, j’y crois encore même après tout ça…)

  8. actuellement en colloc, je confirme que tout ce que tu racontes est si vrai!! mais au moins tu n’as pas connu la phase ou quand vous etes plusieurs (7) dans la maison, et qu’une personne n’arrête pas de faire des crasses (toilettes, salle de bain…), mais en mode incognito alors tout le monde soupçonne tout le monde… argh

  9. Je comptais peut-être faire l’expérience coloc plus tard avant de me lancer dans mon propre appart juste pour voir comment c’est. C’est vrai que je rêve d’une vie de coloc façon Friends et New Girl mais du coup, en lisant ton histoire et celles dans les commentaires, je suis redescendue de mon nuage ^^’.

    • Mais non, faut pas que ça te dégoûte non plus ! Par contre cela doit t’inciter à bien choisir tes futur(e)s colocs…

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