Société
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Le plan B

L'après attentats de Paris, en novembre 2015

Parfois, tout ne se déroule pas comme on l’avait espéré. Parfois, les événements prennent une tournure aussi noire qu’inattendue. Parfois l’avenir nous semble incertain.

Dans ces moments-là, on a besoin d’appliquer le plan B. Encore faut-il en avoir un.

De manière générale, je crois que je me décrirais  comme quelqu’un d’optimiste. J’essaie de voir la vie du bon côté et d’envisager les choses de manière positive. Et pourtant, mon esprit abrite également un côté plus sombre, une bête tapie dans l’ombre qu’un rien suffit à éveiller.

Je cherche à justifier ces idées noires, symptômes de mes angoisses profondes, en les nommant du doux nom de « lucidité ». Le fait est que je ne crois ni aux licornes, ni aux miracles, ni au système des retraites. Par contre, je crois au réchauffement climatique, à l’extinction des espères, aux pandémies, aux conflits planétaires. L’impact que tout cela aura sur notre avenir me semble aussi flou qu’inévitable.

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Et maintenant…? – Photo copyright Cristina Verrienti

 

Quand l’avenir s’assombrit

Sur ce blog, je vous parle souvent du fait de vieillir. J’ai l’habitude de me projeter quelques années en avant, voire même quelques décennies. Dans mon esprit, je m’imagine vieillir aux côtés de l’homme que j’aime, je nous vois tous deux assis sous le porche fleuri d’une maison de banlieue, dans une sorte d’image d’Épinal à la sauce Hollywood… et pourtant, autour de nous, tout aura changé. C’est pour préserver l’image de ce bonheur, ou plutôt pour le rendre possible malgré tout, qu’il me paraît nécessaire d’élaborer un plan B.

Car après tout, on ne pourra pas dire qu’on ne nous avait pas prévenus. Qu’on ne l’avait pas vu venir.

Quand je regarde des séries ou des films post-apocalyptiques, j’en frissonne de peur, bien sûr, mais j’en fais aussi une lecture documentaire. Je me prépare. Je note mentalement des idées qui me permettront de survivre, quand toutes les autres options auront échoué et que le monde se sera arrêté.

Ce week-end, le monde s’est arrêté.

Nous avons vécu ses dernières heures douloureuses. Depuis, la Terre et ses habitants portent les stigmates de l’après apocalypse. Dans les regards, on voit la peur, les actions sont retenues par l’angoisse. Les mots sont forts, mais tremblants. Nous vivons des heures sombres.

On s’était crus à l’abri. On avait oublié. Ça a (re)commencé.

La fin du monde ne sera donc pas un point, ce sera une suite de pointillés. On ne saura jamais vraiment quand « tout » sera fini. On aura toujours de l’espoir. Et cet espoir sera toujours déçu.

 

Mon plan B

Quand j’ai appris la nouvelle, mon premier réflexe a été le repli. Un repli physique, mais aussi mental. J’ai voulu me rouler en boule en silence. Faire le tatou : opposer une carapace dure solide au monde extérieur, source de l’agression.

Se protéger du monde extérieur

Moi en mode Plan B

Faire l’autruche (ou le tatou) fait partie intégrante de mon plan B. Se couper du monde et de l’actualité a quelque chose de rassurant. Pour autant, l’isolement n’est pas tenable, car je suis un être social. Je n’ai même pas eu le temps de me recroqueviller, je me suis retrouvée devant les infos, à mon corps défendant. J’ai voulu savoir, être avec les autres. J’aurais voulu faire quelque chose. Au lieu de cela, je suis restée le corps mou, les yeux hagards, la bouche sèche. Depuis, j’erre dans une sorte de torpeur morose. Je me sens impuissante. Tout le monde a pris la parole. Je me suis tue. Et j’ai repensé à mon plan B.  

Mon plan B

Mon plan B est un repli. Un exil sous forme de retour aux sources, dans un endroit où je me sens en sécurité. Il s’agit d’un petit village isolé du fin fond du Cantal. Je partirai dans la vieille bicoque dans laquelle je passe mes vacances et dont je vous ai déjà parlé. A côté de la maison se trouve un petit potager. J’espère qu’il suffira à assurer l’autosuffisance de ma famille. Je peux vivre sans électricité. Sans gaz, je m’adapterai. Je mettrai des gros pulls quand il fera froid l’hiver. Il faut que je règle la question de l’eau car celle du ruisseau au fond du jardin est une boisson moyennement appétissante. Mais peut-être qu’une fois le moment venu, je me montrerai moins délicate.

Je sais bien que mon plan B n’est pas parfait. Il est l’équivalent en langage adulte du « si des méchants viennent, j’irai me cacher dans le grenier ». Mais le fait est que j’ai beau avoir 30 ans (ou presque), lorsque ce cauchemar d’enfant a pris vie, je me suis retrouvée telle une petite fille : perdue, démunie.

Le principal défaut de mon plan B, c’est que, comme tous les plans d’ailleurs, il reste soumis au hasard. Au destin, au sort. A ces choses qu’on ne peut ni anticiper, ni contrôler. A cet aléatoire qui fait qu’un jour on boit un café en terrasse et le lendemain on y meurt sous les balles. Cet aléatoire injustifié et injustifiable, incompréhensible, imprévisible, incroyable, inhumain. Qui met fin d’un coup au plan B… et à ceux de tout l’alphabet.

 

Du plan B au plan Z

Mon plan B est en réalité un plan Z : je ne le mettrai en place que quand tout aura échoué. La solidarité, la contestation, l’unité, la révolte. Les efforts, en somme, car sauver la planète ne sera ni facile, ni indolore.

Mais si nous trouvons la force de relever la tête et d’avancer tous ensemble, alors… personne n’aura besoin d’un plan B.

7 Commentaires

  1. Ton billet m’a fait tellement de bien à lire. Il dégage de l’espoir et plein d’humanisme, en plus de d’y énoncer des choses qui valent le coup d’être défendues. La planète. L’amour. La vie.

    • Je suis contente que tu aies vu de l’espoir et des belles choses dans cet article. Ton commentaire me fait penser à ce proverbe que j’affectionne : « la beauté est dans l’œil de celui qui regarde »… 🙂

  2. mychuchotis says

    J’aime beaucoup tes mots. Je me reconnais dans peu de mots aujourd’hui et j’aime cette lucidité, qui malgré tout sait au fond que ça va aller. <3

  3. Au début je me suis dit : « Mais comment, elle ne croit pas aux licornes ? » Grosse désilusion pour moi…
    Mais plus j’avançais dans ton billet, plus mon coeur tremblait. C’est difficile de se dire que tout ceci se terminera un jour. J’ai peur tous les soirs en écoutant les news… Quand on pense qu’à chaque arrestation, ils découvrent d’autres projets…

    Il ne faut surtout pas le montrer. Il faut avoir un fameux plan B qui doit ne rester qu’un « rêve » très lointain. Il faut sourtout savoir garder le sourire et continuer à vivre !

    • Hé non, je ne crois pas aux licornes. J’aurais dû vous l’annoncer avec un peu plus de ménagement, pardon. Ou ne pas l’annoncer du tout, car d’un coup, je viens de perdre 38% de mon lectorat. Oups.

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