Portraits de trentenaires (ou presque)
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Faut-il cesser d’être idéaliste une fois adulte ?

Je suis Charlie

Aujourd’hui je voudrais vous parler de Coco. Coco est le pseudo de Corinne Rey, jeune dessinatrice de presse de 30 ans (ou presque).

Je l’ai rencontrée pour la première fois en 2010, alors qu’elle était encore une toute jeune dans ce métier. Nous nous sommes rapidement appréciées. Coco est un un petit bout de femme d’abord timide, qui se cache derrière ses longs cheveux bouclés et un épais trait d’eye liner. Pourtant, son trait est incisif, impressionnant. Elle percute vite et dessine rapidement, avec précision.

Nos rencontres suivantes ont confirmé ma première impression : Coco est, avec Louison, l’une des dessinatrices de presse les plus talentueuses de sa génération.

Coco dessinatrice à Charlie Hebdo

Coco, dessinatrice de presse

Les dessinateurs de presse sont ces personnes qui croquent le quotidien et l’actualité. Les dessinateurs de presse en tous sens commun l’envie de faire rire mais surtout l’envie de faire réagir par leur plume par leur dessins. Ils provoquent parfois, mais surtout, ils font réfléchir.

Les dessinateurs de presse sont des idéalistes.

L’idéalisme, c’est croire en quelque chose. Croire que l’on peut rendre le monde meilleur. Quand on est petit, on est tous un peu idéalistes. On rêve de faire de grandes choses, de défendre la veuve et l’orphelin, de faire une différence. En général ces rêves, on les oublie une fois adultes. A 30 ans (ou presque), ils sont déjà loin derrière nous. Pourtant, certains adultes restent des idéalistes. Heureusement. Ils œuvrent concrètement pour changer le monde. Ils défendent des idées, parfois au péril de leur vie. C’est le cas des dessinateurs de presse.

J’ai eu la chance de travailler avec nombre d’entre eux ces dernières années. J’ai rencontré quelques 150 dessinateurs venus des 4 coins du globe. Parfois traqués à cause de leurs idées, certains, réfugiés politiques, ont été obligé de quitter leur pays pays laissant derrière leur famille leurs amis, leur vie.

Heureusement, tous les dessinateurs ne prennent pas les mêmes risques. Notamment en France, pays censé être protégé par les droits de l’Homme, la démocratie et la liberté d’expression.

Hier Coco a vu ses collègues de travail se faire massacrer sous ses yeux.

Des collègues, que dis-je ? Des amis. En effet elle évoquait souvent de l’esprit de franche camaraderie qui régnait à Charlie Hebdo. Un esprit libre, presque potache, pour un travail pourtant très sérieux.

Je me souvient de sa fierté, de ses yeux qui brillaient quand elle m’avait raconté comment elle avait réussi à entrer dans cette grande maison du dessin de presse, ou quand elle évoquait son admiration pour Charb, son mentor.

Son témoignage, lu hier sur le site Internet de l’humanité, glace le sang :

« Jointe par téléphone, alors qu’elle était encore sur les lieux de la fusillade, en état de choc, la dessinatrice Corinne Rey dite « Coco », témoigne : « J’étais allée chercher ma fille à la garderie, en arrivant devant la porte de l’immeuble du journal deux hommes cagoulées et armés nous ont brutalement menacées. Ils voulaient entrer, monter. J’ai tapé le code. Ils ont tiré sur Wolinski, Cabu… ça a duré cinq minutes… Je m’étais réfugiée sous un bureau… Ils parlaient parfaitement le français… Se revendiquait d’Al Qaïda ». »

Je ne pensais pas publier d’article aujourd’hui. Écrire me paraissait obscène. Je ne trouvais rien à dire. Des mots tels que « atrocité », « massacre », me semblaient soudain galvaudés.
Au final, j’ai choisi d’évoquer ce qui hante mon esprit depuis hier.

Aujourd’hui, même si toutes mes pensées sont tournées vers elle, je ne peux imaginer ce que ressent Coco.
Demain, il faudra qu’elle fasse un choix. Poursuivre sa carrière, dénoncer, résister, au mépris des risques, au péril de sa vie. Ou bien céder à la peur.

Je la soutiendrai et continuerai de l’admirer quel que soit son choix.

C’est pourquoi aujourd’hui, demain et pour toujours… je suis Charlie.

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